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ABLAYE BARRY
MA VISION DU LAAWAN
A l'orée de cette année 1992, de ce foyer de jeunes travailleur de la place d'Italie, dans le 13e arrondissement parisien, une jeunesse sénégalaise en exil dans cette jungle de bitume et de béton se remémore les soirées de kassak, de foureul ou de taneber dans la moite nuit ouakamoise. Au même moment, à Cachan, à Rennes, à Caen, aux Ulys, aux Mureaux et dans bien d'autres villes françaises, la même jeunesse qui s'est arrachée de sa terre africaine, confrontée à la suspicion, la xénophobie, la bureaucratie préfectorale et les interrogations partiales de ses condisciples, puise à la source de la culture kamite pour ne pas se retrouver, tel les ainés, adeptes de la négritude, déracinée.
Ainsi naquit, DJOLOFF, rencontre de toutes ces tribulations en terre occidentale. Nourrie à l'aune du hip-hop, ma jeunesse s'est structurée et s'est bercée au son de la nostalgie : « Sénégal, Sunu gaal, tuubab ba nu gal gal.... ».
Lisant Cheikh Anta DIOP et Amadou Hampathé BA, écoutant les discours de SANKARA, LUMUMBA, NKRUMAH, MANDELA, CABRAL, voyageant au gré des sonorités du Riti et du Xalam, ma jeunesse s'est inventée une culture d'enracinement dans ce pays de déracinement.Dans la nuit Dionysienne, la voix de Feue Aby Gana DIOP, les percussions de Papa Doudou NDIAYE Rose, Le rap guerrier de ma jeunesse Djoloff..., C'est fou comment une nuit de Noël africaine, tout en AFRICOLOR, peut marquer la genèse d'un mouvement. Ainsi naquit le Laawan...
« Le soir de pleine lune, le mistral soufflera,
tel un rugissement de Lion dans cette belle nuit africaine,
Wolly Baye duug na taassu ne lene ndeuguine ndaat saay
Wolly Baye duug na taassu ne lene ndeuguine ndaat saay
Wolly Baye duug na taassu ne lene reuw reuw reusss... ».
Voilà en quelques mots comment j'ai vécu la naissance du mouvement Laawan. Pour moi, ce n'est rien d'autre que la rencontre de jeunes africains, dispersés volontairement à travers le monde, pour servir des pays qui refusent de les laisser les servir, en restant dans leur pays.
Il s'agit d'un mouvement culturel, mais aussi politique dans le sens grec du terme polis, la cité, donc un mouvement citoyen. Le Lawaan n'est d'aucun bord institutionnel. Le Laawan est ce nouveau mouvement non aligné qui se bat pour être la voix des sans voix. Par la musique, la peinture, le cinéma, le conte... mais aussi par les études et surtout le positionnement dans tous les domaines importants pour l'avenir de la terre mère, Alkibulane. Docteurs, Maîtres, Bacheliers, non alphabétisés, tous ont leur place dans le Laawan, dès lors qu'ils sont prêts à puiser dans les traditions ancestrales pour enrichir cette époque moderne, pour le bien être de l'HUMAIN.
Abdoulaye BARRY
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