LES ETUDES EGYPTO-NUBIENNES : OBJETS, PROBLEMES, ENJEUX : PAR LE PR. THEOPHILE OBENGA
CONFÉRENCE-DÉBAT DU 13 DÉCEMBRE 2003 À PARIS - FRANCE
De quoi s’agit-il ? Pourquoi ? Comment ? Ne sommes-nous pas dans la modernité ?
Ecoutons OCTAVIO PAZ (né en 1914), Mexicain, Prix Nobel de littérature 1990 :
• "Dans mes pérégrinations à la recherche de la modernité (...) je suis revenu à mon origine et j’ai découvert que la modernité n’est pas au-dehors mais à l’intérieur de nous. C’est aujourd’hui et c’est la plus lointaine antiquité".
La modernité n’est donc pas rupture avec tout la passé humain. Tout au contraire. La philosophie moderne de Heidegger (1889-1976), qu’est-ce ? Sinon que la reprise de la question grecque de l’être.
C’est aussi dans la modernité que l’histoire des sciences s’est développée de façon prodigieuse avec la création, par exemple, de la société mathématique européenne en 1991 qui inclut dans l’Europe mathématique, les Alexandrins, Euclide et Diophante, tout en insistant sur le rôle des mathématiques dans les réflexions philosophiques, économiques, éducatives. Modernité certes. Mais c’est la philosophie de Platon qui revient en première ligne lorsque l’on s’interroge sur l’origine du monde, sur l’explication de l’univers, sur l’unité invisible qui se cache peut-être derrière la multiplicité des phénomènes, sur le problème de la durée dans un monde où tout s’écoute, puis sur les rapports du corps et de l’âme, sur les règles de conduite, sur les conditions de justice et du bonheur et sur les destinées de l’être humain.
Les chercheurs africains doivent, non seulement décrire, apporter des faits, établir des causalités, mais aussi expliquer, interpréter, dégager les significations ultimes. Les chercheurs doivent penser, réfléchir, philosopher, méditer.
Ne pas renoncer au futur et ne pas oublier le passé : c’est dans ces conditions que l’être humain se trouve véritablement dans le présent.
L’Egypte pharaonique n’a pas vécu dans un désert spirituel. L’absolu, dans l’Egypte pharaonique était collectif. C’est la MAAT ! L’édifice social était construit sur cet absolu que Platon a essayé de thématiser dans la République.
Ainsi, à la lumière des travaux de Cheikh Anta Diop inspirés par la Maât - par delà les faits historiques empiriques - il est requis que les chercheurs africains qui travaillent selon les voies tracées par Cheikh Anta Diop, développent des réflexions globales et plus rigoureuses que l’africanisme.
Comme Cheikh Anta Diop, nous devons réfléchir, c’est à dire, retrouver un regard critique pour mieux réfléchir. Nous n’avons pas un défaut de connaissance car la documentation est facilement accessible avec les moyens modernes de communication.
Nous avons plutôt un défaut de réflexion. L’être humain est un mécanisme qui réfléchit parce qu’il s’élève vers les valeurs, parce qu’il a des idées, des sentiments, parce qu’il a le sens des finalités.
Pour l’africanisme, l’Afrique noire est, tout compte fait, un déchet matériel et moral. Cela ne doit pas être le cas pour les Africains. La philosophie du néant propre à l’africanisme eurocentriste est le plus grand danger aujourd’hui pour l’Afrique et les Africains. La philosophie inspiratrice de la recherche africaine authentique doit être la source de la vie, la source vive du combat pour le triomphe de la Maât.
La fertilité de la pensée africaine contemporaine, renouée avec l’extraordinaire pays des pyramides, sera tout autant grandiose et éblouissante.
C’est la chance que Cheikh Anta Diop nous a offerte. Il ne faut jamais l’ignorer.......
Je vous remercie....
Source du documents : africamaat